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  • Date événement : 03/08/2013
  • Département : France entière
  • Référence : 9259

Les disques de guitare flamenca soliste étant plutôt rares, c’ est toujours avec une certaine excitation que nous en voyons paraître. L’ année 2013 semble devoir sur ce point combler notre attente. « Tierra », de Vicente Amigo, le premier à être sorti, est aussi le plus anecdotique, aussi ne nous attarderons-nous pas à décrire en détail ce projet qui a pour ambition de croiser les musiques espagnole et celtique. Beaucoup plus intéressantes sont les récentes productions de Tomatito, Antonio Rey et Miguel Ángel Cortés.



En intitulant son septième album solo « Soy flamenco » et en posant, pour la pochette qui l’ orne, guitare en mains, la tête inclinée vers une photo de Camarón de la Isla, Tomatito ne fait pas mystère de son intention. Après une suite d’ albums tournés vers la « fusion » (« Spain again », en collaboration avec Michel Camilo, « Sonanta Suite », tentative d’ intrusion dans la musique symphonique en compagnie de l’ Orchestre National d’ Espagne) le guitariste semble promettre du flamenco et rien que du flamenco. Ce qui signifie aussi un appréciable retour à un langage plus clair, plus cohérent, plus ancré dans la tradition. Les premières falsetas de « Soy flamenco », par exemple, la Bulería qui ouvre le disque, nous permettent de retrouver un peu la saveur de celles que Tomatito utilisait autrefois pour accompagner Camarón, quand tout se jouait à deux et que la nervosité du toque de l’ un propulsait idéalement le chant déchiré de l’ autre. Mais évidemment, le temps ayant passé et l’ esthétique de la guitare flamenca n’ étant plus tout à fait la même, Tomatito ne compose plus le même type de musique. Moins concise, moins précise quant aux buts qu’ elle se fixe, il lui arrive de succomber à la grande tentation de la guitare actuelle, le bavardage (en particulier dans les Tangos « Asomao a mi Ventana »).

Les Bulerías seront toujours pour Tomatito un domaine d’ expression privilégié et ici encore, l’ hommage à Moraíto (« A Manuel, Moraíto Chico ») en offre un exemple très convaincant. Mais, paradoxalement, c’ est quand il se rapproche de ses mentors qu’ il donne à la fois le meilleur et le pire de lui-même, comme si, décidément, il était écrit qu’ il ne devait jamais s’ éloigner d’ une aura qui n’ est pas la sienne. La magnifique Rondeña, « Cerro de San Cristóbal » semble ainsi directement inspirée par l’ écoute de « Camarón » de Paco de Lucía, une composition que Tomatito Hijo, le fils de Tomatito, aime à jouer en public, ce qui donne à penser qu’ à la maison, on aime particulièrement l’ écouter sinon l’ interpréter. Plus loin, Tomatito donne directement la réplique à Paco dans « Corre por mis venas », un réarrangement de cantes de Camarón datant vraisemblablement des sessions de « Como el agua » et comprenant entre autres des extraits de « Quiero quitarme esta pena », « Como el agua » et « Tu amor para mí no es fantasía » (ces deux derniers étant à l’origine des Tangos et ayant été remontés d’ une façon un peu grossière à l’ aide de séquences taillées à la hache, ce qui donne une allure assez peu naturelle à l’ ensemble). Pourquoi donc être allé réenregistrer ces cantes vieux de plus de trente ans ? Serait-ce que, à 55 ans, Tomatito se sent plus fidèle que jamais à la mémoire de celui qu’ il aima et admira tellement de son vivant ? Cela paraît évident à l’ écoute d’une Siguiriya inédite, « El Regalo », qui ressuscite également Camarón. Mais là encore, le titre ne paraît pas vraiment achevé, il finit brutalement, comme si Tomatito, même lorsqu’ il se montre parfaitement sincère, ne savait plus trop se fouler, faire le nécessaire pour que son tombeau au camarade défunt soit plus qu’ une curiosité, un anachronisme au fond peu intéressant. Tel est finalement le problème de cet album. Sa musique est flamenca, d’ accord, plutôt bonne et honnête, oui, et ce n’ est déjà pas si mal. Mais elle n’ est jamais excitante, peut-être tout simplement parce que Tomatito s’ attarde sur une époque qu’ il n’ a plus les moyens de faire revivre.